Notre coup de cœur : Merfer de China Miéville

Notre coup de cœur : Merfer de China Miéville

Initialement publié dans Brins d'éternité no 61.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

Ce roman postapocalyptique de China Miéville nous embarque dans une aventure épique sur la Merfer : des terres vastes et désolées, sillonnées de rails par milliers et de points d’aiguillage encore plus nombreux ; un désert où aucun humain sensé n’oserait poser le pied sans la sécurité d’un train, ou d’une draisine, au minimum! Sous la Merfer rôdent les taupes géantes, les dangereux perce-aux-rails (clin d’œil à nos perce-oreilles) et tout un écosystème faunique et floral prêt à fondre sur l’imprudent 

qui se risquerait hors de la sécurité des îlots-villes. Les capitaines dirigent des équipages de trains : les exhumeurs, chercheurs d’épaves et de trésors ; les trains taupiers, chasseurs de taupes qui en convoient la viande ; les machines de guerre de la ferromarine. 

Et les pirates, bien sûr !

Nous suivons Sham, de Haldepic, qui effectue son premier voyage en Merfer à bord d’un train taupier sous le commandement de la capitaine Picbaie. Cette dernière ne poursuit véritablement qu’un seul but, une taupe, géante parmi les géantes, qui lui a volé un bras : Jackie La Nargue. Le périple de Sham l’emmène tout près d’une épave de train, qu’il se voit contraint d’explorer. Dans le ventre de la motrice gît un secret, une «platographie», une image impossible. Où mène donc ce secret, les rails sur cette étrange photo, gardés par les terribles «anges» mécaniques? Les péripéties s’enchaînent pour notre plus grand plaisir et nous entraînent avec Sham d’un train à l’autre, d’une ville à l’autre, le tout avec l’humour pince-sans-rire de l’auteur.

Miéville maîtrise parfaitement les principes de la création d’univers (on n’a qu’à songer au brio avec lequel il a écrit le thriller The City & The City), ce qui fait de Merfer un livre complètement immersif. Rien de scabreux ne se trouve entre ces pages, ni violence indue ni gore. Et pourtant! Grâce à un vocabulaire parfois inventé, mais dont le sens est facilement compréhensible, lors de la lecture, on sent le mouvement des roues sous ses pieds. On voit se déployer les kilomètres de sable et de fer, les volutes brumeuses empoisonnées de l’outreciel. On respire la poussière et les vapeurs de diesel. On entend le cri des taupes géantes et des chauves-souris diurnes. On sent son cœur battre à la vitesse de la motrice lors de la chasse.

C’est donc un livre que je recommande à toutes les personnes qui aiment découvrir de nouveaux univers, voyager depuis leur sofa et vivre des aventures extraordinaires !

China Miéville est lauréat de plusieurs prix littéraires pour ses différents romans, dont le prix Locus du meilleur roman jeune adulte 2013 pour Merfer. N’hésitez donc pas à sauter dans le train !

À propos de la chroniqueuse

Annie Larochelle est membre du comité de lecture de Brins d'éternité.

Lire le numéro 61 de Brins d'éternité

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