Notre coup de cœur : Méduse de Martine Desjardins

Notre coup de cœur : Méduse de Martine Desjardins

Initialement publié dans Brins d'éternité no 61.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

Martine Desjardins nous livre ici une fable d’horreur gothique, réécriture du mythe grec de la Méduse, dont les yeux pétrifient quiconque croise son regard. Méduse raconte son histoire à la première personne et brosse le portrait de son enfance malheureuse chez ses parents, puis dans un pensionnat, l’Atheneum, où des «Bienfaiteurs» s’amusent aux jeux les plus cruels avec les jeunes pensionnaires, qui présentent toutes une tare, une difformité. Au fil du récit, elle découvre le monde grâce à la bibliothèque du pensionnat, se rend compte que ses yeux, qualifiés de monstruosités, d’aberrations et de moult autres épithètes, sont ce qu’elle a de plus précieux, et planifie sa fuite et sa vengeance sur ses geôliers.

Rares sont les romans aussi percutants. Martine Desjardins réussit le tour de force de renouveler, sans tomber dans le cliché, l’archétype du personnage féminin que le patriarcat étouffe et couvre de honte. En fait, on pourrait en dire de même de tous les parias de la société, ceux qui n’entrent pas dans le moule. La honte qu’on impose aux jeunes femmes et aux êtres marginaux qui osent être différents est magnifiquement représentée par les murs de l’Atheneum, symbole d’une société malade où l’on sacrifie sur l’autel de la bienséance et du bon goût ces «monstres» qu’on ne saurait voir. Œuvre irrévocablement féministe, Méduse allie, avec son lac inquiétant, un univers gothique et un décor fantasmagorique à un monde réaliste situé au milieu du XXe siècle. 

Méduse est une histoire de dénonciation, de lutte des classes, de pouvoir, de force au féminin et d’affirmation de soi. Il se lit presque d’une traite ; on ne peut décrocher de l’épopée de la jeune femme qui revendique le droit d’exister, mais il faut tout de même savourer l’exquise plume de l’autrice, qui use de son riche vocabulaire pour décrire les «Énormités» de Méduse : ses yeux. Le récent prix Libr’à Nous, remporté par Méduse, cimente la place de Martine Desjardins dans le milieu de la SFFF.

À propos du chroniqueur·e

Né·e sur cette planète, mais convaincu·e d’avoir des origines extraterrestres, Marie Pelletier passe les premières années de sa vie dans les Maritimes. Après avoir obtenu un baccalauréat en traduction et avoir exercé la profession pendant deux décennies, ielle explore maintenant le domaine littéraire.

Lire le numéro 61 de Brins d'éternité

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