Notre coup de cœur : Défaillances systèmes de Martha Wells

Notre coup de cœur : Défaillances systèmes de Martha Wells

Initialement publié dans Brins d'éternité no 62.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

Défaillances systèmes (All Systems Red) de Martha Wells est le premier livre de la série Journal d’un AssaSynth, une traduction de The Murderbot Diaries publiée en français par L’Atalante. Cette série de sept courts romans de science-fiction et quelques nouvelles suit AssaSynth, un garde de sécurité cyborg qui a piraté son module de contrôle. Malgré ce petit degré de liberté, il besogne, asservi, dans une dystopie futuriste qui n’est pas à des années-lumière des mondes d’Alien ou de William Gibson. Avec un concept comme celui-là, on pourrait s’attendre à lire un roman qui traite moins de sentiments que de lasers et de sécurité informatique. Au contraire, l’autrice offre un petit bijou sur l’introversion, le camouflage social et la non-humanité. AssaSynth («Murderbot» en anglais, c’est le nom qu’il se donne) a beau être un cyborg fabriqué en éprouvette avec des canons laser dans les bras, il conserve quand même une part d’humanité; cependant, il vit celle-ci très différemment des gens qui l’entourent.

Défaillances systèmes couvre ses premiers contacts avec des clients qui savent qu’il y a quelqu’un derrière son masque anonyme de SecUnit. La Compagnie, son propriétaire, l’a envoyé sur un contrat de routine ennuyant à souhait qu’il espérait passer à regarder des séries holographiques. Son rôle aurait dû être de surveiller des prospecteurs sur une planète reculée mais, évidemment, tout dérape.

Pire, ses clients découvrent que le garde de sécurité livré avec les bagages n’est pas une machine. Et ils veulent l’inclure dans leur communauté. Mais AssaSynth, lui, préférerait que tout le monde continue à l’ignorer comme avant. Il n’est pas très à l’aise avec les interactions sociales et a peur de laisser échapper des informations incriminantes.

J’aime beaucoup ce genre de petit format concis et efficace. L’histoire n’a pas le temps de tourner en rond et les détails sur l’univers sont gardés au strict minimum. Juste assez pour piquer notre intérêt sans nous embourber. L’autrice réussit à peindre un monde qui semble vivant, glauque et cohérent. Toute l’exposition se fait dans l’action, à travers les personnages. Même si la technologie et la bureaucratie jouent un rôle important, c’est l’humanité d’AssaSynth qui demeure le moteur du récit. Défaillances systèmes, c’est une lecture légère et rapide, un livre qui se lit en une après-midi sur une terrasse. Mais c’est aussi un récit auquel j’ai repensé souvent par la suite. Le roman est une fabuleuse exploration de plusieurs sujets qui sont dans l’air du temps. Ce n’est pas un hasard si ça a gagné une ribambelle de prix, incluant le Hugo de 2018.

À propos du chroniqueur

Benjamin Cérat est membre du comité de lecture de la revue ainsi que responsable de la logistique des envois.

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