Notre coup de cœur : Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba

Notre coup de cœur : Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba

Initialement publié dans Brins d'éternité no 62.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

Le roman d’anticipation Hexa, de Gabrielle Filteau-Chiba, raconte un Québec alternatif, emmuré dans des cités devenues nécessaires à notre survie. Nécessaires, mais toujours dépendantes de l’extérieur et de sa nature en chamboulement. On suit les protagonistes entre ces enclaves et ces forêts, en train de reconstruire et de chercher un moyen de repartir comme il faut, de briser cette prison humaine et préserver une brèche entre ces mondes. Un dehors raconté par les femmes, des mères, 

qui replantent des arbres et reforment une communauté basée sur la franchise et l’entraide, loin sur le territoire. Elles côtoient, à d’autres postes, des hommes complices avec qui elles planifient, à force de patience, la libération des cités. On suit surtout Thalie, une jeune femme élevée par son père Gabriel entre les murs. Elle a peu connu sa mère, Sandrine, avec qui elle fait une vraie rencontre. Celle-ci a dû sacrifier sa présence près de Thalie pour construire un avenir, pour elle, pour tous.

Cette écofiction invite au non-conformisme, à la sororité, à l’égalité entre genres et au mouvement citoyen dans une étonnante tranquillité. Un roman au goût sapiné de liberté et d’espoir en l’espèce humaine qui manque grandement en littérature. C’est une invitation à prendre les choses en main soi-même, à faire des choix pour les autres, pour nous tous. Filteau-Chiba s’éloigne de la culpabilisante «erreur humaine» et mise plutôt sur ce qu’il est potentiellement possible de faire. C’est par le renforcement positif que son roman se déploie et nous réconforte dans l’idée qu’il est possible de mieux vivre après un changement terrifiant. Loin d’être moralisatrice, l’histoire se concentre surtout sur les solutions, les enjeux, mais aussi l’obstination de rester sur cette terre et d’y mériter une place.

La plume de Filteau-Chiba est épurée et sensible. Ça sent le grand air, le dépaysement. Elle a une plus grande maturité dans l’écriture, depuis Encabanée par exemple, mais ses fidèles thèmes demeurent autour de l’écologie, le rapport de l’humain à la nature et à sa nature, la décroissance économique avec une saveur de coureur des bois. Si vous aimez les propositions d’espoir plutôt que celles barbantes, une histoire consciente des difficultés, mais rassurante en la capacité humaine, encourageante qui donne le goût de se battre pour un tel avenir, Hexa fait partie de ces romans qui nous gonflent de courage.

À propos de la chroniqueuse

À cinq ans, Marie d’Anjou a dit à sa mère qu’elle préférait les histoires dans sa tête au lieu de celles qu’elle lui lisait pour la border. Tissées entre introspection, grand mouvement, féminisme et intimité, ses oeuvres en cours sont nourries par sa passion en ethnologie et en sociolinguistique. Elle travaille présentement sur un long projet pour lequel elle a reçu une subvention en 2022 du Conseil des arts du Canada. Sa nouvelle « Mortphose » est parue dans la revue Saturne et « Le futé » dans le collectif Demain sera beau. Ceci est sa première publication dans Brins d'éternité. Marie d’Anjou a aussi un travail alimentaire, un enfant, une myopie, mais n’en parlons pas trop ici.

Lire le numéro 62 de Brins d'éternité

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