Notre coup de cœur : Peau-de-Sang d'Audrée Wilhelmy
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Initialement publié dans Brins d'éternité no 62.
Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.
Coup de cœur
À la lecture de Peau-de-Sang, le conte empreint d’érotisme et de mystère d’Audrée Wilhelmy, je réalise qu’il n’est pas sans rappeler ma propre découverte de ce roman. En effet, c’est d’abord la couverture qui attire mon attention, alors que je parcours les étalages de la librairie. Illustrée par l’autrice elle-même, elle représente un corset et un jupon ornés de dentelle, aspergés de gouttelettes de sang. Je lis le prologue d’à peine trois pages et je suis captivée par la forme : aucun point
final en vue dans ce livre à mi-chemin entre la nouvelle, le roman, le conte de fées et la poésie. J’en fais tout de suite l’achat.
Le personnage éponyme de Peau-de-Sang, dont on ne connaît que le surnom, est à la fois plumeuse et travailleuse du sexe. Subjugués par elle tout comme je le suis devant la couverture, les hommes l’observent à partir de la fenêtre de sa plumerie, située dans le village fictif de Kangoq, et plus souvent qu’autrement, succombent au désir et se paient ses charmes en échange d’argent ou de peaux. Récit posthume (en effet, Peau-de-Sang est trouvée morte dans sa plumerie dès le prologue) et d’émancipation des femmes, la peau et la chair y sont des motifs récurrents. Alors que des phénomènes étranges sévissent dans le village, la mort et le sexe se côtoient sans cesse dans la plumerie, où Peau-de-Sang réalise les fantasmes de ses clients à côté des oies et des renards morts dont elle arrache les plumes et les peaux. Quant aux femmes, elle révèle au grand jour leurs désirs réprimés et leur apprend à assumer leur sexualité et leur liberté.
La forme expérimentale et le contenu de Peau-de-Sang ne plairont certes pas à tous.tes, mais il est évident que Wilhelmy est en plein contrôle de sa plume. Elle laisse tomber les points et les majuscules en début de phrase, et propose plutôt un chœur composé des voix des femmes de Kangoq, qui interviennent tout au long du récit et se révèlent peu à peu au fil des pages. Toutefois, la véritable nature de Peau-de-Sang reste quant à elle un mystère : son vrai nom n’est jamais connu, et ses traits reflètent les désirs et fantasmes des hommes sans que personne puisse se remémorer son visage à elle. Le.a lecteurice occupe donc à la fois les rôles d’enquêteurice et de voyeur.se. J’ai adoré me laisser envoûter par cet hommage aux contes québécois et russes (Baba Yaga y apparaît même à quelques reprises), où l’étrange et l’inexplicable règnent. Peau-de-Sang est un livre unique en son genre, un incontournable pour celleux qui aiment explorer les côtés sombres et secrets de l’humanité dans leurs lectures.
À propos de la chroniqueuse
Madi Haab est une écrivaine et poète queer et neuroatypique de descendance marocaine de Tiohtià:ke/Montréal. Elle s’inspire de son héritage culturel mixte et de ses diverses identités pour explorer le liminaire et l’interstitiel. Ses nouvelles sont parues dans les revues Augur Magazine, Polymorphic, Baffling Magazine et plus, et en 2025, elle a remporté les prix Marina Nemat Award for Fantasy et QWF’s carte blanche Prize. Lorsqu’elle n’est pas en train d’écrire, elle s’essaie au chant et à l’art numérique, et passe un peu trop de temps à jouer aux jeux vidéo et à faire la sieste. Retrouvez-la au madihaab.com ou sur Bluesky @madihaab.com.
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