Notre coup de cœur : 5 histoires de SF dystopique de Michèle Laframboise

Notre coup de cœur : 5 histoires de SF dystopique de Michèle Laframboise

Initialement publié dans Brins d'éternité no 62.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

Michèle Laframboise, une autrice franco- ontarienne que je n’ai malheureusement pas découverte avant, nous livre, en ses mots, cinq futurs «à fuir avant qu’ils nous rattrapent ». En pleine canicule de juin, j’ai frissonné en sillonnant la métropole, figée dans un hiver éternel et dans les griffes des grandes sociétés. J’ai eu le cœur serré en apprenant la mort du dernier auteur humain, qui cède sa place aux IA, désormais artistes et autrices. J’ai suivi les pérégrinations d’une femme qui s’offre un dernier voyage. J’ai pleuré la mort d’animaux domestiques qui laissent derrière eux des humains quasi immortels, à dessein. Enfin, j’ai grossi le nombre des occupant.e.s d’un ver géant qui traverse le cosmos à la recherche d’une planète «boucle d’or» en vivant dans des conditions abjectes.

L’autrice tire expertement les ficelles d’une société futuriste écrasante, tranchante et paradoxale : nombre des problèmes auxquels l’humanité a jadis été confrontée semblent avoir été éradiqués, au prix faramineux et éhonté de l’environnement et du sort des moins bien loti.e.s de ce monde. Le fil conducteur de ce recueil de SF écologique nous sert un avertissement bien pesé : notre Terre nourricière ne le sera peut-être pas toujours si on continue de la maltraiter. Car oui, cette science-fiction du XXIe siècle se fait le héraut de notre avenir proche. Pendant la lecture, j’ai presque entendu l’autrice, entre les lignes : «Voulez-vous qu’on se rende là? Et là?» Et pour cause ; à peine deux ans après la parution du livre, nous bataillons contre les IA qui menacent de remplacer les auteurices, musicien.ne.s, dessinateurices, traducteurices, bref, les créateurices. L’Entreprise avec un grand «E» pèse de plus en plus lourd dans les décisions politiques. L’humain aura réussi à transcender ses défauts et ses tares, sauf pour ce qui est de sa propension à s’autodétruire.

Michèle Laframboise réussit le tour de force de nous captiver, de nous émouvoir et de nous passer un message ferme, mais bienveillant. Son humour bien dosé, dans la voix de personnages qui pourraient très bien être nos voisin.e.s, nos collègues ou notre famille, fait passer plus aisément des moments assez sombres. Malgré tout, elle livre, à qui veut bien l’entendre, un message d’espoir en fin d’ouvrage. Ses personnages gardent une humanité touchante et, oui, réconfortante malgré leur destin qui peut paraître funeste. Nous ne connaissons que trop peu Michèle Laframboise au Québec. Ses trois récents recueils de nouvelles de science-fiction viennent cimenter ce que les lecteurices anglophones savent déjà : il faut la lire, de toute urgence !

À propos du chroniqueur·e

Né·e sur cette planète, mais convaincu·e d’avoir des origines extraterrestres, Marie Pelletier passe les premières années de sa vie dans les Maritimes. Après avoir obtenu un baccalauréat en traduction et avoir exercé la profession pendant deux décennies, ielle explore maintenant le domaine littéraire.

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