Notre coup de cœur : Cinq chemins de pardon d'Ursula Le Guin

Notre coup de cœur : Cinq chemins de pardon d'Ursula Le Guin

Initialement publié dans Brins d'éternité no 61.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Coups de cœur de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Coup de cœur

À l’instar De la main gauche de la nuit et Les Dépossédés, Cinq chemins de pardon s’inscrit dans le célèbre cycle de l’Ekumen d’Ursula Le Guin. L’Ekumen est une confédération interplanétaire et pacifiste créée par la civilisation ancestrale des Hains, qui serait à l’origine de l’évolution de la vie humaine sur une multitude de mondes, dont la Terre («Terra» chez Le Guin). Dans la plupart des romans du cycle, un.e envoyé.e de l’Ekumen se rend sur une planète à titre 

d’émissaire pour proposer aux populations locales de rejoindre la ligue. Dans le roman qui m’intéresse ici, l’Ekumen entre en contact avec Werel et Yeowe, deux planètes aux relations dévastatrices. En effet, Werel est une société oligarchique dans laquelle un petit groupe de propriétaires domine une majorité d’esclaves, appelé. es «mobiliers ». Yeowe, quant à elle, colonie peuplée d’esclaves, est sous le joug d’entreprises qui enrichissent Werel. L’arrivée de l’Ekumen envenime des tensions déjà grondantes, jusqu’à ce que Yeowe se révolte.

Roman fragmenté composé de cinq nouvelles dans lesquelles les destins des personnages s’entrecroisent et se répondent, Cinq chemins de pardon est, par sa forme, unique dans l’œuvre de Le Guin. C’est aussi, selon moi, l’un de ses romans les plus difficiles, mais aussi un de ses plus beaux. À différentes époques, à travers notamment les yeux d’une vieille dame et d’un ancien chef qui a trahi son parti politique et sa planète, une femme-mobilier qui mène une révolution féministe et d’un envoyé de l’Ekumen qui devient esclave à son tour, l’histoire de Werel et de Yeowe se révèle tout à la fois magnifique et insupportable. C’est un de ces romans de science-fiction qu’on lit non pas pour s’évader sur une autre planète, mais bien pour se rappeler d’où on vient. Le Guin ne nous épargne ni les traumas ni les violences raciales ou sexistes et, surtout, les impacts qu’ils ont sur les corps et les esprits. Pourtant, peut-être précisément à cause de la noirceur qui habite le roman, chaque moment de lumière n’en devient que plus vrai et nous rappelle qu’il y a toujours un autre possible à la violence et aux chaînes.

À propos du chroniqueur

Passionné par les littératures de l’imaginaire, Nemo A. Butler est critique pour les revues Solaris et Brins d’éternité depuis plusieurs années. Écrivain, il a publié deux nouvelles, Acouphènes, dans Brins d’éternité, et San-nakji sur Quartier F, de même que plusieurs essais. Sa nouvelle De sang, de plumes et de vers paraîtra dans un collectif cet automne aux Six Brumes. Amoureux de la nature et de tous les êtres qui y vivent, Nemo écrit sur les points de vue autres qu’humains et les métamorphoses du vivant.

Lire le numéro 61 de Brins d'éternité

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