Le Nettoyage de la Comté : fantasy et escapisme

Le Nettoyage de la Comté : fantasy et escapisme

Initialement publié dans Brins d'éternité no 61.

Cette recommandation est tirée de la rubrique Chroniques de Brins d'éternité, la revue consacrée aux littératures de l'imaginaire francophone. Nous republions ici ces critiques afin de faire découvrir les œuvres qui continuent de nourrir notre imaginaire.

Chronique

Le générique défile et on reste là à renifler, enlacés sur le sofa. Chaque fois, Le Retour du roi nous fait pleurer tout le long – pas facile de s’en remettre, mais ça fait du bien. Je me lève en soupirant pour sortir Martine dans la désespérante pénombre d’un dimanche soir de février. Alors que la neige craque sous mes pas et que la chienne flaire un bac de poubelle, je repense à Gandalf aux Havres Gris : «Je ne dirai pas : ne pleurez pas, car toutes les larmes ne sont pas un mal.» Les larmes que me soutire Le Seigneur des anneaux sont loin d’être un malheur – c’est plutôt un gage de la qualité des films, qui ont réussi à me toucher, à me fasciner, à me transporter. Il y a une demi-heure, j’étais au cœur d’une bataille pour le sort des Humains ; maintenant, je ramasse une crotte dans un sac de plastique. 

Comme toujours quand je relis ou réécoute Le Seigneur des anneaux, j’ai beaucoup de difficulté à revenir au monde réel ; c’est une sorte de deuil. Cette fois, au lieu d’en faire un marathon, j’ai voulu étirer les versions longues sur plusieurs soirs pour faire durer le plaisir et reporter la déprime post-visionnement. Plus on avance dans les films, moins il nous en reste, et ça n’atténue pas le retour au réel. J’ai expérimenté ce phénomène plusieurs fois dans ma vie, et à tous les âges. 

La première fois, c’est quand j’étais enfant. Je venais d’écouter Star Wars : un nouvel espoir et j’essayais de canaliser la Force pour déplacer des objets dans ma chambre. Quelques jours plus tard, après l’épisode VI, j’étais découragé : vraiment, il n’y aurait plus d’autres Star Wars? (Je ne sais pas ce que Antonin-enfant aurait dit si Antonin-adulte lui avait parlé de Jar-Jar Binks et du retour bâclé de Palpatine. Aurait-il été rassuré ou effrayé ?) Il me semblait alors qu’aucun film ne pourrait dépasser Star Wars, et que la vie n’aurait plus à m’offrir qu’une suite d’histoires décevantes, incapable de me faire oublier une réalité fade, sans Jedis, ewoks ou x-wings. 

Quelques années plus tard, lors d’un séjour estival chez ma grand-mère à Trois-Pistoles, qui n’avait rien pour séduire un ado de 15 ans, j’ai terminé Harry Potter et l’Ordre du Phénix pour passer le reste de ces vacances pluvieuses à envier les aventures des protagonistes. Vraiment, à quoi bon passer mon temps à l’école, si  je n’ai pas de cours de défense contre les forces du mal? Pourquoi ma vie devait-elle être si banale? J’essayais d’oublier ces questions en jouant à Tony Hawk’s Pro Skater 2 sur la Xbox que j’avais amenée de chez nous. 

Pendant mon bac en littérature, je me souviens d’une semaine passée à écouter les appendices du coffret DVD du Seigneur des anneaux pour prolonger le plaisir après la trilogie. Mais ces dix-sept heures de matériel bonus, au final, n’adoucissent pas l’inéluctable retour au réel. Même chose quand j’ai relu les romans de Tolkien après ma maîtrise : peu importe le nombre de fois, il me faut toujours un moment pour accepter que le récit se termine. 

Plus récemment, ça m’est arrivé après l’immonde saison finale du Trône de fer; insatisfait et incapable de décrocher, je me suis embarqué dans la saga du même nom de George R.R. Martin, avec un plaisir d’autant plus délicieux que mes études littéraires me le procuraient rarement. Mais après A Dance with Dragons, que faire? Lire les chapitres de Winds of Winter disséminés ici et là en ligne? Jeter mon dévolu sur les Chroniques du chevalier errant et Feu & Sang? Tomber dans le rabbit hole des fan theories sur Reddit? Toutes ces réponses. Et après? Essayer de me convaincre que George ne mourra pas avant d’avoir terminé sa série? À 35 ans, après avoir relu les romans de Martin, j’éprouvais la même tristesse qu’après les Star Wars quand j’en avais 8.  

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Le premier jet de mon mémoire de maîtrise était moins un essai universitaire qu’un pamphlet confus défendant une conception très normative de la littérature. J’y dénonçais l’«escapisme» littéraire, que j’accusais de pousser les lecteurices à fuir le monde plutôt qu’à l’affronter courageusement. 

Il m’est aujourd’hui difficile de comprendre ce que le Antonin d’il y a dix ans voulait dire, parce que je ne partage plus ses vues ; c’était après la grève étudiante de 2012 et tout lui semblait digne d’être dénoncé. Je pense qu’il voulait surtout attirer l’attention sur le fait que la littérature peut avoir des impacts sur la vie réelle. Elle a certainement un potentiel éthique, mais a-t-elle le devoir de nous frotter le nez sur les difficultés du réel? En tant que lecteurices, avons-nous le devoir de nous confronter à des œuvres «sérieuses» qui abordent des questions «sérieuses» ? À l’inverse, si le monde réel est injuste, le fuir ne constitue-t-il pas une désertion par rapport aux gens qui luttent pour l’améliorer? Ne doit-on pas aux personnes opprimées de reconnaître leur misère et de travailler à l’atténuer? 

Il reprochait aussi aux œuvres escapistes de nourrir l’égocentrisme du lectorat, car plusieurs romans populaires mettent en scène des «élu.es» et autres figures héroïques, ou encore des personnes «normales» qui se retrouvent au cœur d’une histoire extraordinaire : Frodon, Luke, Harry, Katniss, et même Bella tant qu’à y être, ne sont pas initialement des héro.ïnes, mais le deviennent. Ce genre de récits, pensait-il, cultivait chez les lecteurices l’impression qu’ils ou elles sont uniques, voire supérieur.es à autrui. Frodon sauve le monde, Luke devient un puissant Jedi, Harry apporte la paix au royaume des sorciers, Katniss mène une rébellion, etc. Ces récits encourageraient donc le «mensonge romantique» (pour reprendre le terme de René Girard) selon lequel nous serions au centre du monde comme les protagonistes sont au centre de leur histoire (ce qu’Internet a nommé le «main character syndrome »). Si on croit vraiment être aussi spécial.e, doué.e et voué.e au succès de nos héro.ïnes de prédilection, on peut en souffrir dans la vie réelle. 

Dix ans plus tard, alors que le monde n’est pas dans un meilleur état, alors que les individus sont plus informés que jamais, mais dépossédés d’un réel pouvoir décisionnel, tout ce que j’attends de la littérature, c’est qu’elle m’amène ailleurs. Dans sa fameuse conférence Du conte de fées (1939), Tolkien se demande pourquoi «s’évader» (to escape) en imagination serait une mauvaise chose alors qu’elle est généralement positive dans la réalité – du moins, pour la personne qui s’évade. Dans une certaine mesure, tout loisir est une fuite, car ça nous permet d’oublier nos soucis quotidiens. L’escapisme peut mener à une dépendance, tout comme le travail (rappelons-le). Ce qui ne veut pas dire que toute évasion est à proscrire. 

Tolkien écrit qu’à ses yeux, «la passerelle menant au quai 4 est […] moins intéressante que Bifröst gardé par Heimdall et Gjallarhorn ». (Avec sa passerelle 9 ¾, Rowling a réenchanté un élément de la modernité que Tolkien jugeait irrécupérable.) Personnellement, j’ai plus d’intérêt pour la Guerre de l’Anneau que pour la guerre en Ukraine, pas parce que je minimise la seconde, mais parce que m’y intéresser de plus près ne m’apporterait qu’anxiété et culpabilité. De la même manière, les manigances politiques à King’s Landing sont à mes yeux beaucoup plus intéressantes que celles à l’Assemblée nationale. 

Le dosage est un art subtil : comment rester informé sans tomber dans l’anxiété, et comment s’évader sans perdre le sens du réel ?

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Depuis Homère, nos récits racontent des destins particulièrement intéressants comme ceux d’Achille et Ulysse. Les récits mythiques de partout dans le monde mettent en scène des dieux, des héros, des créatures fabuleuses qui attisent le désir, la curiosité, l’imagination. 

Ce n’est que récemment, disons depuis Gustave Flaubert, que les romans s’intéressent au quotidien des gens ordinaires. Dans Madame Bovary (1857), Flaubert raconte la vie d’une femme de province qui s’évade de son quotidien en lisant des romans d’amour et qui finit par se prendre pour l’héroïne de l’un d’eux. Non seulement ce roman ne constitue-t-il pas une tentative de participer à l’évasion du lecteur (c’est tout le contraire : d’innombrables élèves en sont morts d’ennui), mais il condamne l’escapisme dont Emma se rend coupable et dont elle mourra. Mais quel était le crime d’Emma? De s’ennuyer avec son mari médiocre? D’aspirer à plus? Peut-on vraiment lui reprocher d’avoir voulu s’évader? Ce roman peut être lu avec ironie, pour se moquer de cette femme aux désirs impossibles, ou comme une tragédie, pour compatir avec elle. Cette aspiration à mener une vie différente de la sienne, à être quelqu’un d’autre, a ensuite été nommée «bovarysme ». 

Avec l’avènement du réalisme au XIXe siècle, le roman s’est mis à raconter des histoires vraisemblables, mettant en scène des gens «normaux », qu’on pourrait croiser dans la rue. C’est d’ailleurs comme ça qu’il a acquis ses lettres de noblesse : en abandonnant les récits mythologiques et fantastiques. Pendant une soixantaine d’années, le roman français s’est enfoncé de plus en plus dans le réel, jusqu’au naturalisme, qui dénonçait les injustices en représentant les classes sociales les plus démunies. La littérature devait affronter le réel, pas le fuir. 

Dans une entrevue pour le magazine Rolling Stone, G.R.R. Martin, l’auteur du Trône de fer, pose la question suivante à propos du Seigneur des anneaux : «Quelle était la politique fiscale d’Aragorn?» Cette question montre toute la différence entre les esthétiques des deux romans : le second ne cherche pas à proposer un monde alternatif aussi crédible que le monde réel, mais à susciter le désir, à nous faire rêver de bonté et d’héroïsme. Le premier, au contraire, propose un réalisme cynique qui cherche à déconstruire les illusions. La saga de Martin s’inscrit dans l’héritage réaliste, voire naturaliste, et ce, malgré la présence de dragons. Il est plus près de celui de Zola (injustices, égoïsme, nihilisme) que de celui de Tolkien (bonté, amitié, foi). 

Pour Martin, croire à la possibilité d’un roi bon et juste est illusoire, et peut-être naïf, ce à quoi Tolkien répondrait : «Ouin, pis?» Ce qu’on veut, c’est croire pour un instant à la réalité d’un règne paisible et prospère sous la gouverne d’un roi noble. C’est peut-être impossible, mais y rêver ne fait pas de mal. 

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Pour Tolkien, les contes de fées sont attrayants parce qu’ils représentent la réalisation de nos désirs les plus profonds. Je pense qu’on peut élargir cette idée pour y inclure plusieurs œuvres de SFF. 

La bonté, l’abnégation et l’héroïsme qui transparaissent dans le récit de Tolkien me touchent profondément, et chaque visionnement de la trilogie de Peter Jackson me révèle de nouveaux moments d’émotion. Quand je m’émeus devant le destin des personnages, quand je ris et pleure avec eux, je ne pense pas au travail ou à l’état du monde réel, je vis le présent avec une rare intensité, et ce, même si rien de tout ça n’est «vrai ». Je reviens ensuite dans le vrai monde comme si j’avais ramené quelque chose de la Terre du Milieu qui me permettrait de mieux vivre au quotidien. Peut-être un peu plus de foi en l’humanité? Un peu plus de bonté? Le désir d’être un peu plus comme Aragorn, et moins comme Saroumane? L’escapisme acquiert alors une dimension éthique : il nous transforme. 

Souvent, les désirs comblés par les contes de fées (mais aussi par la fantasy ou la science-fiction) sont liés au dépassement de nos limitations humaines : voler dans le ciel, respirer sous l’eau, communiquer avec les animaux, transcender le temps, dépasser la mortalité, etc. Dans ces récits, on ne s’évade pas seulement de la réalité, mais de nos propres limitations, de la condition humaine elle-même. L’escapisme devient métaphysique. 

Pourquoi ne pourrais-je pas moi aussi être immortel? À quoi bon vivre une vie de mortel? À quoi bon mener une vie où la magie n’existe pas? À quoi bon vivre si je ne suis pas le descendant d’un roi, mais un individu ordinaire? À quoi bon vivre dans un monde indifférent à mon égard? À quoi bon vivre sans une mission claire et précise à accomplir? Ces questions, générées par la SFF et que je me suis posées à plusieurs reprises dans ma propre vie, ont un impact réel sur nos choix, nos valeurs et nos actions, donc sur le sens qu’on donne à l’existence. 

Quand je me dis que j’aimerais partir à l’aventure comme Frodon, je ne lui envie pas le danger, l’inconfort, la lutte intérieure, mais le fait d’avoir une mission claire et importante : une main quest autre que de trouver un travail pas trop poche avec un salaire permettant de s’amuser un peu, des fois, si possible.

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Au début du Seigneur des anneaux, Frodon mène la vie paisible des hobbits : manger, boire, fumer, jardiner, etc. L’existence dans la Comté ne pose pas de problème particulier, et la misère ne semble pas y exister : c’est un lieu où il fait bon vivre. Pourtant, Frodon aspire quand même à plus. Fasciné par les elfes et par les récits de Bilbon, il aimerait voir ce qu’il y a à l’extérieur de la Comté. Il ne veut pas fuir l’horreur du monde, mais le quotidien, l’habitude, l’éternelle répétition du même. 

Pourquoi ouvre-t-on un livre? Comment commence-t-on à lire?  Généralement, ce n’est pas par conviction qu’un enfant découvre la lecture, mais par plaisir. Pas pour se confronter au monde, mais pour se perdre dans un récit. Comme Frodon quittant la Comté, on se lance dans un monde fictif par curiosité, pour visiter autre chose que le monde connu. À force de côtoyer jour après jour les mêmes gens, de marcher dans les mêmes rues, d’échanger les mêmes propos, on tombe sur le pilote automatique et on ne remarque plus la beauté qui nous entoure ; tout devient normal, donc ennuyeux. Le monde n’est plus enchanté, on a l’impression d’en avoir fait le tour, de le connaître entièrement et de ne plus pouvoir en être surpris.e.

Le parcours de Frodon représente assez bien l’escapisme expérimenté par le lecteur : il quitte son petit monde connu pour découvrir un monde immense, merveilleux et dangereux, et revient ensuite au monde de départ, qu’il a de la difficulté à réinvestir. Comme le lecteur en deuil d’un récit, Frodon doit faire le deuil de l’aventure et accepter que la Comté n’est que la Comté. Pour moi, le génie de Tolkien réside dans sa façon de raconter le retour à la Comté : les quatre hobbits la retrouvent mise à feu et à sang par des orcs dirigés par Saroumane. L’Anneau a été détruit, Sauron a été vaincu, mais le monde n’est pas revenu à sa pureté d’antan : l’aventure a laissé des traces. Sam, Merry et Pippin arrivent à vaincre les envahisseurs et à chasser Saroumane, exploit qui leur mérite des positions sociales estimées, mais Frodon reste dans l’ombre. 

Dans le film, alors que Merry et Pippin enfilent les pintes et que Sam se décide enfin à danser avec Rosie, Frodon semble à l’écart, détaché du monde de ses amis. «J’ai tenté de sauver la Comté, et elle l’a été, mais pas pour moi », dit-il à Sam aux Havres Gris. Ici aussi, le parcours de Frodon reproduit celui du lecteur : le retour au réel ne se fait pas sans heurt. Sa blessure le hante et, après avoir rédigé le récit de ses aventures, il ressent le besoin de s’en aller à nouveau. Il part donc pour l’ultime aventure, qu’on peut considérer, pour filer la métaphore, comme la lecture d’un nouveau livre. 

La SFF peut nous sortir de la torpeur de l’habitude en nous transportant dans un autre monde, que Tolkien appelle «monde secondaire », dans lequel on expérimente une réalité différente. Comme quand on revient de voyage, quand on referme un livre, on revient dans le monde réel, connu, qui est cependant réenchanté par notre visite dans l’ailleurs. On sort du monde pour mieux y revenir, car notre vision s’est éclaircie, s’est débarrassée du voile de la familiarité. C’est ce que Tolkien appelle le «recouvrement» (restauration) : on récupère une perception du monde qu’on avait perdue. 

Mais si ce retour permet de réenchanter le monde, il ne permet pas de le sauver une fois pour toutes : l’habitude nous embourbera à nouveau, le désir de partir reviendra, et ainsi de suite.

Quelques jours après avoir regardé Le Seigneur des anneaux, j’ai téléchargé une quinzaine d’articles universitaires sur les romans de Tolkien et je les lis après ma journée de travail, pour le plaisir. J’écoute les podcasts du Tolkien Professor en m’imaginant devenir un expert de la Terre du Milieu, comme si mon bonheur dépendait de ma capacité à rester connecté à ce monde fictif, à m’y accrocher de toutes mes forces. Mais, jour après jour, ma tristesse diminue. D’autres choses attirent mon attention, occupent mon esprit : le réveil offensif de Juraj Slafkovský, la littérature anglaise du XVIIIe siècle, le cinéma de David Lynch, etc. 

Une semaine plus tard, le deuil est fait, et la vie ne m’apparaît plus comme une suite d’obstacles qui me séparent du prochain visionnement du Seigneur des anneaux. Je suis de retour dans la Comté, j’ai un livre à écrire et des crottes à ramasser.

À propos du chroniqueur

Antonin Marquis a publié deux romans chez XYZ : Les cigales (2017) et La diversité des tactiques (2022) qui a remporté le Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke. Il enseigne la littérature et le français au cégep et à l’université, et exerce la fonction de vice-président de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie (AAAE), dont il dirige la revue L’Alinéa.

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